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LA RÉVOLUTION CHAMPENOISE

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LA RÉVOLUTION CHAMPENOISE

La révolution qui créa richesse et quiétude

La petite ville d’Aÿ en Champagne est mignonette et calme. Pas un bruit à l’exception de l’occasionnel ronronnement d’un moteur de voiture ou de moto au loin sur la route nationale et le gazouillis agréable des oiseaux dans les arbres des jardins et dans  les vignes derrière les maisons. Le long des rues, des habitations grises et les villas discrètes des Maisons de Champagne sont paisiblement alignées les unes à côté des autres. Tout autour d’Aÿ, des collines verdoyantes couvertes de vignes forment un paysage harmonieux, parsemé ici et là par de minuscules forêts. En somme, Aÿ est une petite ville idyllique, paisible, calme, provinciale, presque trop tranquille.

 

Il est alors difficile de s’imaginer qu’il y a seulement 100 ans, en 1911, certaines de ces mêmes villas Champenoises à Aÿ et ailleurs en Champagne, étaient en feu.  Le verre des bouteilles de Champagne cassées couvrait les rues alors que des barricades les bloquaient. Des ruines de maisons brûlées fumaient. Les viticulteurs champenois en avaient eu assez. A travers toute la région et dans presque toutes les petites villes et villages champenois, environ 6000 viticulteurs furieux, armés de fourches, torches et autres outils agricoles, s’opposaient à  40.000 soldats que le gouvernement avait dépêchés pour maîtriser les révolutionnaires. Auparavant, durant plus d’une décennie, les viticulteurs  avaient souffert la misère la plus extrême et en 1911, les choses ne semblaient pas s’améliorer. Frappés par les ravages du phylloxera (un petit puceron dévastateur,  mangeur de racines de vignes, importé des Etats-Unis qui, à partir de la fin du 19ème siècle, avait presque anéanti le vignoble européen), les Champenois comme tant d’autres avaient perdu beaucoup de leurs vignobles. Des vignobles qui pour la plupart  des viticulteurs constituaient la plus importante,  voire la seule source de revenus.

Parallèlement et paradoxalement, à la même époque, les ventes de Champagne connurent un succès fulgurant. Après les cours royales et l’aristocratie, c’était au tour d’une bourgeoisie grandissante de s’initier aux fines bulles de cette délicate boisson.  Logiquement, les prix du raisin auraient dû atteindre des sommets compte tenu de la faible offre en raisins face à la grandissante demande des consommateurs. Ceci aurait dû permettre aux viticulteurs de vivre plus dignement. Hors, cela n’était pas le cas car un certain nombre de Maisons de Champagne avait trouvé un subterfuge astucieux pour garder les prix des raisins artificiellement bas ; ces maisons s’approvisionnèrent en raisins achetés ailleurs, dans le Sud de la France, dans la Loire et même en Algérie, à des prix dérisoires. A l’époque, aucune loi ne règlementait l’origine des raisins et des vins et bien que totalement immoral, il n’était pas officiellement  illégal de « frauder » de la sorte.

Pour les viticulteurs Champenois, cette situation était intolérable, ils étaient en colère. Pour eux qui travaillaient de leurs mains leurs vignes Champenoises au quotidien, il n’était simplement  pas concevable qu’un vin appelé « Champagne » puisse  être produit avec des raisins autres que ceux cultivés en terre champenoise.

Remontés et désespérés, les viticulteurs Champenois manifestèrent dans les rues et  accusèrent certaines Maisons de Champagne de fraude. Viticulteurs et Maisons étaient déjà opposés dans une atmosphère tendue, voire explosive, quelques années avant que la Révolution Champenoise n’éclate. Pendant ce temps, le gouvernement essaya  de voter des lois permettant de retrouver la paix en Champagne mais aucune loi ne remplit véritablement son rôle. Ce fut seulement après les violences de la Révolution Champenoise menée par les vignerons au printemps et durant l’été 1911 qu’une loi reconnaissant tous les vignobles Champenois comme seuls habilités à produire du Champagne fut votée ; cette loi établira également le classement des crus Champenois. C’est sur cette loi et un projet de loi de 1913, qui ne vit jamais le jour à cause de la première guerre mondiale, qu’on basa la loi de 1927 qui établissait véritablement  la région de production de la Champagne délimitée et qui  interdisait de manière sévère, complète et définitive, l’utilisation de raisins ou vins issus d’autres régions que celle délimitée pour la production du Champagne. C’est cette  loi, votée grâce à la révolution et l’œuvre des vignerons Champenois, qui est encore aujourd’hui le garant de la qualité unique du Champagne, c’est elle qui protège encore de nos jours le vignoble, les vignerons, les Maisons de Champagne et surtout qui garantit au consommateur l’origine du Champagne. C’est donc la lutte acharnée des viticulteurs qui a abouti à la richesse véritable de la région, une richesse partagée par tous les acteurs de la filière, celle du Champagne.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LA NAISSANCE D’UNE COOPÉRATIVE

 

Déjà en 1911, en plein tumulte révolutionnaire,  Alfonse Perrin, viticulteur et l’un des leaders des viticulteurs révolutionnaires, avait eu des idées allant au-delà de la simple suppression de la fraude. Il voulait fonder une coopérative réunissant tous les viticulteurs à l’instar des coopératives qui existaient déjà dans certains pays voisins comme l’Allemagne ou le Portugal. Mais à l’époque, cette idée était encore trop avant-gardiste pour la plupart des viticulteurs Champenois. C’est seulement quelques années plus tard, après la Première guerre mondiale, que les idées de coopérative d’Alfonse Perrin  ont pu séduire les viticulteurs. Ainsi, en 1921, la CO.GE.VI.  (Coopérative Générale des Vignerons de la Champagne Délimitée) voit le jour. Beaucoup de vignerons ayant lutté contre la fraude et pour une réglementation de l’origine des vins et des raisins en 1911, adhérèrent à la coopérative. Aussi, la CO.GE.VI. et ses membres sont une des forces majeures derrière l’aboutissement de la loi de 1927, délimitant et protégeant la Champagne viticole.  Au sein de le CO.GE.VI., à ses origines comme aujourd’hui, c’est sur un principe fondamentalement égalitaire et démocratique que sont basées les décisions. A l’Assemblée Générale, chaque membre donc chaque coopérateur,  a une seule voix, quelque soit la taille de son vignoble.

 

Aujourd’hui, la CO.GE.VI. compte 607 coopérateurs et de plus en plus de vignerons se joignent à la coopérative chaque année.

 

 

 

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