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CAVES COOPÉRATIVES VINICOLES
UN PEU D’HISTOIRE
Les caves coopératives vinicoles sont nées et se sont développées à la suite des grandes crises économiques et sociales qui ont épisodiquement secoué le vignoble français au cours du XXème siècle.
Le dernier quart du XIXème siècle fut marqué par les attaques des vignes par un insecte amené des Etats-Unis d’Amérique, le phylloxera : de nombreux vignobles sont détruits et la production vinicole se raréfie. Les viticulteurs ne restent pas inactifs, ils reconstituent les vignobles. La reconstitution avec des cépages très productifs dans des zones fertiles, associée d’une part aux pratiques frauduleuses (mouillage, fabrication de piquettes, etc…) héritées de la période de pénurie, et d’autre part à l’arrivée des vins du vignoble algérien, développé à l’instigation du gouvernement, entraîne rapidement une importante surproduction de vins. Il s’ensuit une chute des cours. Les vignerons, plus particulièrement ceux qui exploitent des petites propriétés dans le Languedoc, voient leurs revenus se dégrader.

Face aux difficultés grandissantes, les viticulteurs prennent conscience de la nécessité de se grouper pour essayer de résister à la pression du négoce née de l’inadaptation des volumes entre l’offre et la demande ; ils s’orientent vers des structures coopératives. S’unir pour produire et commercialiser n’était pas une idée nouvelle. En dehors du monde agricole, une première société coopérative ouvrière de production a vu le jour dans les années 1830. Des caves coopératives vinicoles fonctionnent dès la fin du XIXème siècle en Allemagne (1868), au Portugal (1888), en Espagne (1890) etc… C’est en Alsace, à RIBEAUVILLÉ, alors sous domination allemande, qu’est créée en 1895 la première coopérative de vignerons. Les statuts de deux autres caves vinicoles sont déposés en 1901, en octobre pour celle de MUDAISON et en décembre pour celle de MARAUSSAN ; parmi ces deux caves situées dans l’HERAULT, l’histoire vinicole retient MARAUSSAN du fait que le début de la construction de la cave fut marqué en mai 1905 par un banquet de 2 000 personnes présidé par Jean JAURES invitant les vignerons à « verser dans la cave de la République les vendanges de la Révolution sociale ». Avant de disposer d’une cave de vinification en commun, les vignerons associés de MARAUSSAN s’étaient dotés d’une organisation pour commercialiser les vins élaborés dans leurs chais personnels ; après assemblage pour obtenir une qualité homogène, les vins étaient dirigés vers les magasins en gros des coopératives de consommation de la région parisienne.
A son début, le mouvement coopératif est « essentiellement un instrument crée dans le cadre d’un idéal mutualiste, pour offrir à la petite et moyenne propriété de type familial, des conditions d’exploitations qu’elles ne peuvent à elles seules s’offrir tout en leur permettant de survivre aux crises successives ». La cave coopérative vinicole avait deux objectifs. D’une part, décharger le vigneron des soucis de la vinification et de la conservation, et d’autre part, assurer la commercialisation aux meilleures conditions.
Malgré la loi de 1907 autorisant les prêts collectifs à long terme, les créations de caves coopératives vinicoles restent peu nombreuses et ne s’implantent que très lentement jusqu’à la première guerre mondiale. En 1919, il n’y a en France que 82 caves coopératives vinicoles et 3 en Algérie.
Au cours de la guerre, la décision de distribuer du vin aux soldats, ainsi que le don des vignerons du Languedoc de 20 millions de litres de vin à l’armée « pour soutenir le moral de la troupe » (don qui peut être considéré comme un acte de communication publicitaire en faveur du vin) permirent aux soldats venus de régions où le vin n’était consommé qu’exceptionnellement de se familiariser avec cette « boisson totem des français ».
La paix revenue, les vignerons retournent travailler leurs vignes ; la production de vin augmente tant en métropole qu’en Algérie. Le volume disponible passe d’une moyenne annuelle de 43 millions d’hectolitres pour la période 1915/1919 à 67 millions d’hectolitres pour la période 1920/1929. Dans les premières années qui suivent la fin de la guerre, « les habitudes prises pendant la guerre, l’euphorie des années qui avaient suivi la victoire, soutenaient le marché. Mais la prospérité dure peu, une décennie tout au plus et avec 1930 renaissait le spectre de la surproduction et de la crise ». Les inquiétudes n’étaient pas vaines et la période 1930/1939 fut qualifiée « d’années noires pour l’ensemble du vignoble français ».
La crise qui s’installe dans les années 1930 est liée à la surproduction mais aussi aux problèmes économiques mondiaux consécutifs au krach boursier de 1929. Parallèlement à une diminution du marché national, on assiste à une forte baisse des exportations principalement des vins des régions de vins fins ; la mévente touche tous les types de vins et les cours s’effondrent.
Pour résister à la crise, à l’instar des producteurs de vins courants, les vignerons des zones de crus fondent également des caves coopératives vinicoles. En Bourgogne, elles sont créées vers 1925/1930 ; en Gironde, les premières caves coopératives sont fondées à partir de 1932, elles sont une cinquantaine en 1939.
A la veille de la deuxième guerre mondiale, on compte en France 827 caves coopératives vinicoles. Le mouvement coopératif a beaucoup bénéficié d’aides publiques (c’est encore le cas aujourd’hui) ; les gouvernements voyaient en la présence de caves coopératives vinicoles, une certaine garantie d’ordre social pendant les périodes de crises économiques. La guerre de 1939/1945 freina évidemment le développement des structures coopératives de vinification ; il reprit dès la fin de la guerre et « en l’espace de cinq ans, plus de cent caves nouvelles virent le jour ». En 1950, il y avait 969 caves coopératives vinicoles regroupant 220 000 adhérents. Dans les années qui suivirent, le nombre de coopératives vinicoles évolua peu pour se stabiliser temporairement autour des années 70. Par la suite, en complément de leur rôle technique, certaines créèrent des structures de commercialisation (groupement de producteurs, société d’intérêt collectif agricole, union, etc…). Mises en place avec l’aide de l’état, elles visaient, théoriquement, à établir un nouveau rapport de force face au négoce et à la distribution.
Face d’une part, à la restructuration du vignoble, plus ou moins marquée selon les régions, et d’autre part à la lourdeur, de plus en plus importante, des investissements nécessaires à l’amélioration de la qualité et à la mise en place de réseaux de commercialisation efficaces, on assiste à un regroupement des caves coopératives vinicoles. Certaines, petites caves, proches géographiquement optent pour la fusion. D’autres créent des nouvelles structures pour mettre en synergie une partie de leur activité, en partie commerciale. ■ GG
COMMENT ÇA MARCHE?
Comme toutes les coopératives, les caves vinicoles sont des sociétés ayant un statut spécial fondé sur l’idéal mutualiste, soit la solidarité et l’égalité entre les producteurs qui y adhérent, la distribution de dividendes ou le partage des réserves financières est interdit ; en contrepartie, elles bénéficient d’un régime fiscal particulier.
La création d’une coopérative est possible dès que sont réunies 7 personnes (on parle de sociétaires, d’associés coopérateurs ou simplement d’adhérents) ayant des intérêts communs ; aucun maximum n’est imposé. En adhérant à la coopérative , le viticulteur s’engage à apporter pendant une durée déterminée tout ou partie de sa production et souscrit au capital un nombre de parts sociales calculé en fonction de son activité ; les parts sont nominatives, individuelles et cessibles ; un droit d’entrée est parfois demandé. Il s’engage également à transférer ses parts au nouvel exploitant en cas de vente de la propriété.
Dans les coopératives, peut être membre toute personne physique ou morale à condition d’être agriculteur ou de posséder des intérêts agricoles.
Dans les coopératives, tous les adhérents sont théoriquement sur un pied d’égalité ; tous disposent d’une voix et une seule à l’Assemblée Générale quelque soit l’importance de leur exploitation, de sa notoriété, du nombre des parts sociales (un homme, une voix) au contraire des sociétés anonymes où l’actionnaire a d’autant plus d’influence qu’il dispose d’une part plus importante du capital.
Le fonctionnement d’une coopérative vinicole est relativement simple. Toutes les décisions importantes (élection des membres du Conseil d’Administration, politique et stratégie générale, choix des investissements importants, etc…) sont prises en Assemblée Générale de ses adhérents selon le principe évoqué précédemment, un homme une voix. Les fonctions d’administrateur sont en principe gratuites. Toutefois, des indemnités sont prévues pour les personnes qui assurent, au sein de la coopérative, un travail effectif ; les administrateurs sont responsables civilement et pénalement de leur gestion. Le conseil d’administration peut s’appuyer sur un directeur en charge du fonctionnement quotidien. Le contrôle financier est assuré, comme dans toute société, par un commissaire aux comptes.
Les coopératives vinicoles ont été créées dans un but social plus qu’économique ; jusqu’à ce jour, elles ont tenté d’aider tous leurs viticulteurs à conserver, voire développer leur activité viticole et ont participé indirectement mais activement au maintien du tissu et des paysages ruraux. Aujourd’hui, elles sont confrontées à des exigences croissantes sous la pression des facteurs économiques et institutionnels. Elles se trouvent dans l’obligation de trouver un équilibre entre leur activité sur le marché vinicole et le respect des valeurs fondatrices de la coopération. ■ GG
1ère cave coopérative de France, à Maraussan
L’ÉVOLUTION DES CAVES COOPÉRATIVES
Depuis leur création, les caves coopératives vinicoles ont beaucoup évolué. Le temps n’est plus où les raisins quels qu’ils soient étaient vinifiés indistinctement pour conduire à un vin standard. Aujourd’hui, après sélection des raisins et vinification séparée, les caves élaborent plusieurs types de vin. Chacun correspondant aux exigences d’un marché différent. Contrairement à des idées encore répandues, dans une même zone de production, la plupart des vins des caves coopératives ne sont pas différents de ceux produits dans les propriétés indépendantes.
Certaines coopératives vinicoles mettent en bouteilles, une partie plus ou moins importante, de leur production pour les commercialiser, tant en France qu’à l’export, sous leur propre marque. D’autres livrent, préférentiellement des vins en vrac, soit directement soit indirectement, par leurs unions aux négociants traditionnels. Ces derniers les utilisent pour élaborer leurs vins de marques ; ainsi dans une bouteille de grande notoriété, il y a un pourcentage, parfois très important, de vin de qualité provenant des coopératives vinicoles. D’autres vins de coopératives sont également présents dans les bouteilles commercialisées dans les grandes surfaces sous marque distributeur.
Et les vins de château ? D’un point de vue commercial, le terme « château, clos, domaine, etc.. » pour désigner un vin est considéré comme valorisant ; son utilisation est réglementairement possible pour qualifié certains vins élaborés par une coopérative vinicole. En effet, d’une part, le qualificatif « château » s’attache à l’exploitation et non aux caractéristiques architecturales des bâtiments et d’autre part, la coopérative est juridiquement considérée comme le prolongement de l’exploitation de chaque adhérent. Deux conditions sont à respecter : le vin doit être élaboré à partir de raisins appartenant exclusivement à un des adhérent et la marque château appartient à l’exploitation donc à l’adhérant, celui-ci dans le cadre d’une convention autorise la cave coopérative à vinifier et à commercialiser sa production sous sa marque. La vinification séparée ne pose aucun problème dans la plupart des caves coopératives vinicoles. Malgré cela, les étiquettes de ces vins doivent porter la mention « mis en bouteille à la propriété » et non « mis en bouteille au château ».
Les vins de caves coopératives sont partout… dans les cafés, les restaurants, les épiceries, sur les linéaires de la grande distribution… mais aussi dans les caveaux de vente situés dans l’ensemble du vignoble, là on peut déguster… avant d’acheter.
■ GG

PRINCIPE DE RÉMUNÉRATION DES ASSOCIÉS COOPÉRATEURS
Le vigneron coopérateur apporte sa production à la coopérative, il ne la vend pas mais devient détenteur d’un droit potentiel à revenus. La cave est une coopérative de collecte vente qui assure la vinification des raisins et la commercialisation des vins. La rémunération des adhérents est constituée d’un ou plusieurs acompte (s) et éventuellement par un complément de prix à la fin de l’exercice. Le montant du (ou des) acompte (s), pour chaque catégorie de vin est fixé en début ou en cours d’exercices, par le Conseil d’Administration en fonction de sa connaissance des marchés, des charges prévisibles et des disponibilités financières. Les acomptes peuvent être répartis sur plusieurs exercices du fait que la vente d’une récolte peut se dérouler sur plus d’une campagne comme c’est le cas pour une propriété indépendante. Le versement du (ou des) acompte (s) est un paiement partiel à valoir sur le règlement définitif de la récolte.
Le paiement des raisins sur le seul critère des quantités est révolu. Aujourd’hui, l’associé coopérateur est rémunéré en fonction de la véritable valeur de ses raisins. Le temps n’est plus où « celui qui travaille le moins bien est aussi bien rémunéré que celui qui travaille le mieux ». La cave règle donc les apports selon une grille dans laquelle interviennent en plus de la quantité plusieurs données qualitatives ; ces dernières sont déterminées sur les raisins à l’arrivée à la cave (teneurs en sucres, état sanitaire, propreté, etc…) ; dans certains cas sont également pris en compte le cépage, l’origine des parcelles ainsi que les travaux effectués à la vigne (charge par souche, répartition des grappes, surface foliaire, etc…).
Le prix des raisins payé aux associés-coopérateurs est effectué sur la base du produit des ventes des vins diminué des charges de la structure (coût de la vinification et de la commercialisation, frais de gestion, éventuellement remboursement des emprunts, etc…). L’Assemblée Générale, après avoir statué sur les comptes de l’exercice, affecte l’excédent soit à une réserve soit aux intérêts des parts sociales, soit à un complément de prix. ■ GG

LES CAVES COOPÉRATIVES D’AUJOURDH’UI
« Les caves coopératives vinicoles ont beaucoup évolué depuis leur création. A l’origine, elles n’avaient comme souci que l’élaboration du vin et déchargeaient le vigneron du rôle de vinificateur ; parfois, elles se contentaient de vendre en commun pour mieux résister au négoce. Aujourd’hui, la plupart des coopératives mais il en est de plus dynamique que d’autres, réalisent à la fois la vinification et la commercialisation ».
Sans la coopération, de nombreuses surfaces viticoles auraient disparu, suite aux diverses crises qui ont frappé régulièrement la viticulture depuis le début du XXème siècle.
Elle a permis à de nombreux viticulteurs de conserver jusqu’à ce jour leur activité de production. En effet, une cave coopérative peut disposer de moyens techniques, modernes et fonctionnels, difficiles, voire impossibles, à acquérir par certains exploitants ; de même la coopération est mieux armée pour répondre aux très nombreuses exigences réglementaires et pour faire face commercialement à la concentration du négoce et de la distribution.
A côté des vignerons à temps plein, il existe une catégorie, encore non négligeable, de petits récoltants dont l’activité viticole est secondaire. Appelés « pluri actifs » ils exercent une profession en parallèle (artisans, commerçants, salariés exploitant des vignes sur leur temps de loisir, etc…). La coopérative vinicole leur offre un complément de ressources tout en leur permettant de conserver leur patrimoine viticole : la coopérative participe ainsi au maintien d’une vie rurale active et à l’aménagement de l’espace agricole.
La coopérative vinicole a également joué un rôle important dans la renaissance et le développement de certains vignobles d’appellation. Dans la plupart des régions viticoles, les caves particulières ont certes participé à la restructuration, au réencépagement et à l’amélioration de la qualité mais « sans les efforts initiaux de la cave coopérative aucun producteur n’aurait réussi avec une production de faible volume à remonter à lui seul l’appellation ». Grâce à l’action des coopératives et à l’initiative de dirigeants « visionnaires », la qualité s’améliore, les prix remontent et la production redevenant rentable, les superficies s’accroissent. Tel a été le cas des appellations : Banyuls, Beaumes de Venise, Buzet, Crémant d’Alsace, Irouleguy, Saumur Champigny…« Elle (la coopérative) a surtout eu le mérite de maintenir le vignoble en des régions où la vigne aurait disparu sans une nécessaire union, au-dessous d’un certain seuil, les vignerons isolés ne peuvent résister car l’appellation n’existe plus, pas plus que le marché. Un vignoble ne survit que s’il conserve une certaine unité, une certaine consistance, une certaine émulation ». ■ GG

























