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SPECIAL PRIMEURS

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SPECIAL PRIMEURS

Les primeurs : Souviens-toi l’été dernier…

Les primeurs Bordelais ressemblent chaque année à un film à suspens : le déroulement est classique mais l’issue finale reste inconnue malgré les rumeurs qui vont bon train : l’histoire peut-être belle comme tourner à l’horreur. S’ajoute à l’intrigue principale du mariage entre la culture du raisin et sa vinification, l’apparition des investisseurs étrangers qui transforment la production bordelaise en produit mondial avec des normes qui parfois nous échappent un peu. L’année 2009 est qualifiée par l’ensemble du monde viticole et par la presse comme une année exceptionnelle. Qu’en-est-il ?

Chronique d’un millésime annoncé comme exceptionnel :

Les prévisions portant sur la qualité d’un millésime avant vendange ne se réfèrent pas à une boule de cristal, mais à l’observation des conditions météorologiques qui ont accompagné la maturation du raisin. Il convient donc de comparer différentes données de température, d’ensoleillement ou encore de pluviométrie avec les années précédentes pour se faire une idée.

La fin du printemps qui a vu la floraison de la vigne, s’est déroulée dans des conditions favorables laissant apparaître et gonfler les grains de raisins de façon optimale. L’été a été très ensoleillé et la chaleur qui a régné d’août à septembre a permis au raisin d’atteindre une belle maturité. La mi-septembre a apporté un peu d’eau. La pluie et la fraîcheur des nuits ont permis une très bonne configuration de récolte. Cependant cette configuration n’a pas été uniforme sur le Bordelais. Le Libournais en particulier a pu souffrir d’une pluie inopportune ne permettant pas au raisin d’atteindre la perfection. Ailleurs, certains domaines ont vendangé soit trop tôt, soit trop tardivement… Le millésime 2009 est le produit d’une culture certes exceptionnelle, mais pas complètement homogène.

Exceptionnel mais avec quelques nuances tout de même

La grande majorité des vins bordelais présente des qualités remarquables : les tanins sont puissants et la maturité du fruit est atteinte de façon sublime. Si la chaleur de l’été a fait grimper le taux de sucre dans le fruit, l’équilibre a pu être maintenu avec une acidité due à la fraîcheur des nuits de septembre.

Les deux rives du Bordelais ont révélé des surprises ; certains vins et certaines cuvées ont parfois surclassé des crus connus et reconnus dans le monde entier.

Les vins de la rive droite sont plus homogènes dans leur richesse et leur équilibre. Les vins de Saint-Emilion offrent notamment des résultats magnifiques. Quant aux grands crus classés, ils sont remarquables avec des surprises de taille dans certains crus artisans jusqu’alors discrets. En revanche, Pomerol ne permet pas de parler d’équilibre : les indices de tanins sont quelques fois trop extraits. Cependant, que l’on ne se trompe pas, les Pomerol 2009 sont de très grande stature et il faut découvrir certains petits crus pour se rendre compte que cette année est exceptionnelle.

Concernant la rive gauche, les indices tanniques sont plus flagrants. Le Cabernet- Sauvignon produit dans de nombreux châteaux est dépourvu de son aspect soyeux pour tendre vers l’amertume et un côté sec. Les grands crus sont certes grands mais certains sont un peu décevants, manquant d’équilibre et donc d’une touche d’élégance. La maturité du fruit a parfois teinté les arômes d’un aspect surmûri.

Il reste que 2009 est un très grand millésime. Les vins primeurs étaient déjà plaisants, fondus même, parfois. Ils vont encore s’assouplir dans les prochains mois jusqu’à leur mise en bouteille. Il faut maintenant espérer que le prix de sortie en primeur reste sage. L’économie mondiale ne s’est pas encore redressée et il ne faudrait pas bloquer les ventes par excès de confiance, en augmentant les prix sous prétexte de millésime de grande qualité qui attirent des acheteurs du monde entier.

La vente des primeurs, une spécialité bordelaise

Chaque printemps, le marché des vins de Bordeaux est en pleine effervescence, c’est la période des primeurs : le millésime de l’année récoltée va être goûté, apprécié et tarifé. C’est sur la foi de ces dégustations très particulières (voir l’article « L’art de la dégustation en primeur ») que les prix vont être fixés, alors même que les vins sont encore physiquement en barriques.

Pendant une quinzaine de jours, acheteurs professionnels (la plupart étant des maisons de négoce bordelaises) et œnologues procèdent à des dégustations afin d’établir des hiérarchies entre les vins du millésime et comparent ces derniers avec les années précédentes. C’est à partir de cette analyse que les cours de l’année seront établis.

A l’origine, ce système de vente des vins primeurs permettait le financement par le négoce de l’élevage des vins à la propriété. Aujourd’hui, si le système reste inchangé, l’intérêt ne procède plus de l’avance de trésorerie mais de la dynamisation des ventes et de la diffusion maximale des vins.

En effet, si l’avance de trésorerie pouvait intéresser certains domaines, la plupart des châteaux présents dans la campagne n’ont plus ce besoin tant leur renommée n’est plus à faire. Le mode de vente des primeurs est réservé aux grands crus, ceux pour lesquels la demande est, par essence, bien supérieure à l’offre. Pour les plus grands d’entre-deux, la réalisation effective de la vente n’est souvent qu’une formalité : des récoltes entières de premiers crus classés se négocient généralement en moins d’une heure !

L’art de la dégustation des primeurs :

Si la dégustation d’un vin procède d’un apprentissage sensoriel allié à la maîtrise d’un vocabulaire formel, la dégustation des primeurs est un exercice bien plus difficile. En effet, le vin dégusté est toujours en élevage et la dégustation se fait sur un produit qui n’est pas prêt :  le vin va encore vieillir et évoluer en barriques pendant 12 à 18 mois, puis une fois mis en bouteille, il continuera sa maturation quelques années, voire quelques dizaines d’années plus tard.

L’échantillon présenté aux dégustateurs lors de la semaine des primeurs n’est donc pas le vin tel qu’il sera commercialisé en bouteille dans un ou deux ans. C’est un prototype, une sorte d’anticipation du futur évoquant un potentiel. Les dégustateurs recherchent des critères qui vont leur permettre d’établir cette potentialité. Ils s’attachent ainsi à la qualité du fruit et à la présence du tanin. Ils parviennent à déterminer la structure, l’équilibre et la longueur du vin en échantillon. Ces différents caractères permettent d’établir la capacité de vieillissement.

L’autre difficulté liée à cette dégustation professionnelle tient au fait, non plus du palais des dégustateurs, mais à la préparation des échantillons. Cette fois, il s’agit pour les vignerons et œnologues des châteaux de proposer des échantillons dans des conditions optimum de dégustations. Le vin est à ce stade de son élaboration très sensible aux variations de températures, un contact prolongé avec l’air peut le faire varier du tout au tout. L’art consiste donc à tenir compte de ces facteurs pour permettre à cet échantillon de rester le plus fidèle à ce que le futur vin deviendra.

Alors faut-il ou non se laisser tenter par l’achat de vin en primeur ?

La vente des primeurs présente l’avantage de pouvoir se procurer des très grands crus qui seront tous vendus avant leur mise en bouteille, et donc introuvable dans deux ans, voire avant, ou à des prix exubérants.

C’est aussi un investissement bénéfique les années de grand millésime et à condition de tabler sur le long terme. L’achat en primeur est avant tout un acte spéculatif. Les châteaux ayant vendu leur stock, les bouteilles deviennent rares et prennent de la valeur. C’est la loi de l’offre et la demande. Mais les années se suivent sans pour autant se ressembler et une grande année 2005 dans le Bordelais n’entraînera pas le même bénéfice spéculatif qu’une année décevante comme 2007 : le prix de la bouteille est plus bas aujourd’hui que le prix établi pendant la campagne des primeurs (les stocks ont des difficultés et c’est aussi pour cette raison que les restaurants affichent ce millésime sur leur carte… à des prix prohibitifs !)

En moyenne, les vins en primeurs sont vendus 20% à 30% moins chers qu’une fois mis en bouteille (mais encore une fois, tout dépend de la demande du marché et les plus-values peuvent être bien plus importantes comme inexistantes !)

Attention, si vous décidez d’acheter en primeurs, passez par un négociant connu et reconnu qui ne pratique pas la vente à découvert (c’est-à-dire qui vend des quantités plus importantes que le nombre alloué par les châteaux), mais qui a bien réservé les bouteilles qu’il propose à la vente, même si celles-ci ne seront effectivement livrées que dans un ou deux ans.

Cette année 2009 est encensée par le monde de la critique. Si les cours sont raisonnables, c’est peut-être l’année où il faut se laisser tenter…

Conseils pour acheter des vins en primeurs :

Fine Wine propose à ses lecteurs un guide d’achat des vins en primeurs. Hervé Pennequin a procédé à 694 dégustations afin de livrer en exclusivité ses commentaires et ses notes. Le Journal Fine Wine a pris le parti de sélectionner 100 vins en primeurs qui ont retenu l’attention de la rédaction (le site internet met à la disposition de son public l’ensemble des commentaires).  ■ HP / AJH

  1. Justement, les primeurs 2010 dans le bordelais arrivent à grands pas.
    Et je souhaiterai savoir SVP comment faire pour vous faire parvenir notre vin à déguster.

    Je vous remercie par avance de votre réponse.
    Dans l’attente de vous faire découvrir notre savoir faire.

    Bien cordialement
    Sabine

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